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Dévoilement d'une plaque en mémoire des Républicains Espagnols et Travailleurs de toutes nationalités contraints à la construction de la base sous-marine entre 1941 et 1943

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Vendredi 10 février 2017 à 11h, David Samzun, le maire de Saint-Nazaire, dévoilera, dans la base sous-marine, une plaque en mémoire des Républicains Espagnols et Travailleurs de toutes nationalités contraints à la construction de la base sous-marine entre 1941 et 1943.

Le 26 janvier 1939, Barcelone tombe aux mains des franquistes. Vaincus, les républicains espagnols se replient vers la frontière pyrénéenne. C'est la Retirada, la retraite, l'exode massif de 470 000 réfugiés qui traversent les Pyrénées et viennent chercher refuge en France. En 1940, plusieurs centaines d'Espagnols arrivent en Loire Inférieure. Ce sont les vaincus de la guerre civile. D'abord détenus dans des camps, ils seront ensuite intégrés dans des Compagnies de Travailleurs Etrangers. Ils vont reprendre la lutte clandestine, cette fois contre l'occupant nazi. En 1942, leur réseau communiste compte 80 membres. Ces  Espagnols sont répartis entre Nantes, Saint-Nazaire/La Baule et le camp Franco de Montoir de Bretagne pour ceux qui construisent la base sous-marine.

L'exploitation des réfugiés étrangers par le système des camps de travail trouve sa source dans les lois des 13 janvier et 27 septembre 1940, prévoyant  la création d'unités de prestataires militaires étrangers désignées sous le nom de compagnies de travailleurs étrangers (CTE). La seconde crée les groupements de travailleurs étrangers (GTE) qui leur succèdent.

Le décret Daladier du 12 avril 1939 prescrit, dans son article 2, que : « les étrangers sans nationalité et les autres étrangers bénéficiaires du droit d'asile sont soumis à toutes les obligations imposées aux Français par la loi du 11 juillet 1938 sur l'organisation de la nation en temps de guerre. Ils peuvent faire l'objet de réquisitions individuelles ou collectives, générales ou locales, fondées sur la nationalité, sur l'âge ou sur la profession ». L'article 3 indique que les étrangers de sexe masculin, âgés de 20 ans à 48 ans, sont tenus de « fournir dès le temps de paix aux autorités militaires françaises, pour une durée égale à la durée du service imposé aux Français, des prestations dont le caractère et le mode d'exécution sont déterminés par décret ».

Le statut de « prestataires » leur vaut d'être incorporés dans des unités de prestataires militaires étrangers, désignées sous le nom de compagnies de travailleurs étrangers (CTE), d'environ 250 hommes chacune, commandées par des officiers français. Les Espagnols sont à ce point majoritairement représentés dans les compagnies de travailleurs étrangers qu'elles prennent très souvent le nom de « compagnies de travailleurs espagnols ».

Si les Espagnols jouissent d'une liberté relative dont ils vont user en nouant des relations, parfois intimes, avec la population locale, il n'en reste pas moins que la structure dans laquelle ils sont « enfermés » est une structure privative de liberté, un système d'astreinte à résidence et au travail forcé, duquel il est difficile d'échapper. On y est fiché, surveillé, le courrier est censuré. Les « évadés », quand ils sont repris, sont réaffectés dans un autre GTE ou bien encore sont requis par l'organisation Todt pour aller travailler sur le front de l'Atlantique.

Les groupements de travailleurs étrangers sont dissous par le Gouvernement provisoire de la République française le 5 septembre 1944.




Le contexte français : le Régime de Vichy à partir de juillet 1940 et la décision d'Hitler via l'Organisation Todt* (OT) de la construction du Mur de l'Atlantique  

Pour l'Organisation Todt, il faut verrouiller les zones côtières afin de poursuivre le harcèlement aérien du Royaume Uni mais aussi répondre à la tactique de guerre sous-marine préconisée par Doenitz par la construction de nouveaux aérodromes,  l'agrandissement des aéroports civils, la remise en état des ports de guerre (Cherbourg, Brest, Lorient) et l'édification des bases sous-marine (Lorient, Brest, Saint-Nazaire, La Palice).

« Il faut des bras aux entreprises »? « Ces étrangers, notamment les Républicains Espagnols qualifiés de « Rouges » ainsi que des juifs naturalisés auxquels Vichy a retiré la nationalité française, sont mis par Vichy à disposition des Allemands »? « Fin 1941, au moment où Hitler décide de construire le Mur de l'Atlantique des milliers de travailleurs « libres » ou « volontaires » sont déjà mis à disposition par Vichy »? « Mais le volontariat ne suffit plus, le temps des réquisitions arrive puisque devant l'intensification des raids britanniques (destruction des radars de Bruneval, de l'écluse de la forme de Radoub de Saint-Nazaire, bombardements de Dieppe), Hitler pour se prémunir contre l'ouverture d'un second front à l'ouest décide de construire la Forteresse Europe, 12 000 blockhaus de la Frise à la frontière espagnole. »


L'Organisation Todt
Groupe de génie civil et militaire de l'Allemagne nationale-socialiste, elle portait le nom de celui qui a été son fondateur et son dirigeant jusqu'en 1942, Fritz Todt, un ingénieur et une figure importante du nazisme, en tant que mandataire général pour la régulation de l'industrie du bâtiment (Generalbevollmächtigter für die Regelung der Bauwirtschaft). L'Organisation a été chargée de la réalisation d'un grand nombre de projets de construction, dans les domaines civil et militaire, tant en Allemagne, durant la période qui a précédé la Seconde Guerre mondiale et pendant celle-ci, que dans les pays d'Europe sous domination nazie, de la France à la Russie. Presque toutes les grandes opérations de génie civil durant la guerre ont été réalisées par l'Organisation, dont des usines d'armement, des bases de sous-marins et des lignes de fortifications, comme le mur de l'Atlantique ou la ligne Gustave.

Ces informations sont extraites du blog de J. TRONEL, Histoire pénitentiaire et Justice militaire, attaché de recherche à la Maison des sciences de l'Homme à Paris et du site internet de l'Association pour la mémoire de la Déportation du Travail Forcé.